Partie 1 / Dialogues
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Dialogue 1 / Avoir raison
Avoir raison
VICTOR – Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas
d’avis !
Précipitation
VICTOR – Je crois bien que c’est moi qui ai raison.
HÉLOÏSE – Tu aimes bien avoir raison ?
VICTOR – Évidemment. Comme tout le monde !
Alibi
du nombre
HÉLOÏSE – Pourtant, tu étais convaincu ?
Perte de l’unité
Emportement
émotionnel
Alléguer gratuitement la fréquence du phénomène ne constitue ni
une démonstration, ni une explication.
HÉLOÏSE – Qu’est-ce que cela prouve ?
VICTOR – Ça prouve bien que je suis ouvert, que je ne
suis pas buté.
HÉLOÏSE – Pourquoi donc ?
VICTOR – Si j’ai le dernier mot, cela prouve bien que je
sais de quoi je parle.
Glissement
de sens
HÉLOÏSE – Pourtant, tout à l’heure, tu disais avoir raison.
VICTOR – En effet.
« Avoir le dernier mot » signifie « l’emporter dans une discussion »,
ce qui n’implique pas nécessairement de « savoir de quoi l’on
parle ». On ne peut pas remplacer une expression par une autre,
de sens différent, comme si de rien n’était.
HÉLOÏSE – Avais-tu raison ?
VICTOR – Oui, mais alors on n’en sort plus.
HÉLOÏSE – C’est-à-dire ?
HÉLOÏSE – Comment cela ?
V ICTOR – Si j’ai raison et que tu as tort, cela nous
montre que je sais et que tu ne sais pas.
HÉLOÏSE – Même si je ne suis pas d’accord avec toi ?
VICTOR – Ceux qui ont tort ont en général beaucoup de
mal à l’accepter.
Précipitation
Emportement
émotionnel
On répond trop immédiatement, au coup par coup, sans se rappeler l’ensemble de la discussion, sans tenter de suivre le fil général
du discours. D’où une confusion entre les conséquences objectives
du désaccord, et les motivations du désaccord.
Dans un souci d’avoir raison coûte que coûte, l’objection formulée
n’est pas entendue. La réponse ignore la question.
Problématique 1 :
La raison se résumet-elle à des arguments ?
(texte p. 92)
Problématique 2
Introduction
d’un concept
opératoire
Concept
indifférencié
Les réponses viennent trop vite, sans prendre le temps de réfléchir
et d’analyser les enjeux de la discussion. L’implication personnelle
rend les réponses trop immédiates.
HÉLOÏSE – As-tu déjà affirmé une opinion sur laquelle
tu es revenu par la suite ?
VICTOR – Bien sûr !
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VICTOR – Je crois qu’on a raison si on a de bonnes raisons pour dire les choses. Car on argumente parfois avec
de mauvaises raisons. On croit alors avoir raison, simplement parce que l’on argumente, mais ce que l’on dit peut
n’avoir aucun intérêt ou aucun sens. ➝ CITATION 1
La nouvelle acception du terme « raison », dans « bonnes raisons »,
distincte de « avoir raison », permet de définir quelque peu cette
dernière expression.
Cette idée de « bonnes raisons », pourtant lourde d’implications, est
énoncée, sans tenter d’en discerner le contenu.
HÉLOÏSE – De quoi dépend ce jugement ?
VICTOR – Je ne juge pas, justement.
HÉLOÏSE – Je ne comprends pas.
VICTOR – Je ne juge pas. Chacun dit ce qu’il pense. Je ne
porte pas de jugement.
HÉLOÏSE – Pourtant tu as parlé de « bonnes raisons ».
VICTOR – Oui, mes raisons sont bonnes pour moi, les
tiennes sont bonnes pour toi.
HÉLOÏSE – N’est-ce pas un jugement ?
VICTOR – Peut-être, mais on ne juge pas les autres.
HÉLOÏSE – Comment sais-tu alors que tu as raison ?
VICTOR – Je le vois bien.
HÉLOÏSE – Tu en es convaincu ?
VICTOR – Certainement.
Précipitation
Toujours ce même type de réponses trop immédiates et peu réfléchies, qui ne laissent pas d’espace à la pensée.
On répond du tac au tac, et les enjeux du dialogue ne réussissent
pas à émerger.
Le véritable sens des questions n’est pas entendu, l’écoute étant
obscurcie par le souci d’avoir raison.
Précipitation
On répond toujours trop immédiatement, sans tenter d’établir les
enjeux de la discussion et d’élaborer une problématique.
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