CHAPITRE
1 – L’existence de différents modèles de capitalisme
Ces marchés financiers permettent la rencontre directe entre l’offre et la demande et vont
favoriser notamment au XIXe siècle le financement des compagnies de chemin de fer. S’ils
contribuent à faciliter le financement des entreprises, cela se fait parfois par l’émission de
nouveaux titres de propriété et contraint ainsi les propriétaires fondateurs à ouvrir le
capital. Cependant, les bourses de valeur ne vont pas remettre en cause le capitalisme patrimonial et familial car les fondateurs ne choisissent pas toujours la forme juridique de la
société anonyme et veillent quoi qu’il en soit à conserver la majorité des parts. La propriété
des entreprises va garder ainsi pendant longtemps en France son caractère familial.
Si les marchés boursiers apparaissent comme une nouvelle source de financement pour les
firmes, celle-ci n’est pas suffisante, les besoins croissants de capitaux des entreprises vont
être satisfaits par le développement des banques.
L’avènement des banques privées a lieu au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les
banques privées sont fondées par des grandes familles souvent d’origine juive ou protestante. Une des familles les plus connues reste la famille Rothschild composée de cinq frères,
qui ouvriront cinq succursales à Paris, Francfort, Vienne, Naples et Londres.
Les systèmes bancaires nationaux vont se construire autour de modèles spécifiques. Les
banques anglaises font l’objet d’une spécialisation très poussée : crédit à court terme,
escompte d’effets de commerce, financement des colonies (Colonial Banks), financement
hors colonies (Foreign Banks).
La spécialisation est moins poussée en France même si on distingue les banques d’affaires,
spécialisées dans des opérations demandant des capitaux importants, et les banques de
dépôts qui utilisent les dépôts des clients pour financer le développement industriel. Dès le
milieu du XIXe siècle, de grandes banques voient le jour : le CIC (Crédit Industriel et
Commercial) en 1859, la Société Générale en 1864, le Crédit Lyonnais en 1863.
Aux États-Unis, la législation interdit l’ouverture de succursales dans plusieurs États ce qui
explique et expliquera pendant longtemps la forte dispersion du système bancaire
américain.
Le développement des systèmes financiers facilite la croissance des entreprises. L’augmentation de la taille des entreprises se traduit par des phénomènes de concentration de plus ou
moins grande envergure selon les pays. En Allemagne, Krupps et Thyssen dominent l’industrie
sidérurgique avec un développement vertical de l’extraction jusqu’à la distribution. Dans la
chimie, les effectifs de BASF passent de 7 000 en 1870, à 70 000 en 1882. Au Japon, se
forment les Zaibatsu, grands groupes qui s’articulent autour de trois pôles : un pôle industriel, un pôle commercial et un pôle financier (Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo, Yasuda…).
Aux États-Unis, après la guerre de Sécession, les grandes firmes (les trusts) dominent les
marchés. C’est le cas de la Standard Oil de Rockefeller qui se développe tout au long de la
filière pétrolière. L’effet taille permet à cette firme de baisser ses coûts à un niveau tel que
Rockefeller finit par éliminer la concurrence et dominer, en 1882, 80 % du marché du
raffinage et 90 % du transport.
3. Accumulation du capital et exploitation
Le financement de la révolution industrielle renvoie à la problématique de l’investissement
et donc de la formation brute de capital fixe. Ainsi, le terme capital rejoint ici ses deux sens :
technique et financier.
5
">